Petite histoire de la « Maison JLN », dite aussi « le 80″ !

Notre maison dresse depuis 1630, ses deux pignons au bas d’une rue pentue qui grimpe de la rivière à la cathédrale. C’est dit-on, l’une des premières rues de Chartres à avoir été pavées, justement pour monter les pierres qui ont servi à sa construction !
La Basse Ville, comme on l’appelle ici, était un quartier d’artisans. Les maisons bourgeoises, elles, avaient été bâties dans la ville haute, auprès de La cathédrale et du chateau comtal détruit à la Révolution. Comme l’évoquent les noms de rue hérités du Moyen Age, le long de l’Eure était dévolu au travail du cuire, depuis l’abattage des moutons au pont du Massacre, jusqu’aux « produits finis » à la rue de la Corroierie. Bien loin d’une paisible promenade, c’était un vaste et bruyant atelier dont vous pouvez imaginer l’odeur… Alentour il y a des noms plus légers du « coin cornu », du « pot vert » ou « des oiseux »… Le nom de Muret évoque, et c’est encore vrai aujourd’hui, que la rue conduit du cloître Notre Dame à la porte Drouaise dans l’enceinte. Celle-ci a très largement disparue, mais vous arrivez toujours face à la route de Dreux !
Le haut de la rue appartenait plutôt aux religieux. Le petit séminaire à l’angle de la rue Cardinal Pie, aujourd’hui . La chapelle des carmélites est devenue tribunal…et il demeure le très grand couvent des soeurs de Saint-Paul de Chartres.
En descendant c’étaient des commerçants. Au coin de la rue st.Julien une épicerie que nous n’avons pas connue, ici une boulangerie. Quand nous sommes arrivées il y avait tout en bas, épicerie, boucherie, charcuterie, marchant de vélos..!

Dessin de Jean Villette dans "rues tortueuses et pignons de guingois"

Dessin de Jean Villette dans « rues tortueuses et pignons de guingois »

Vous comprenez du-coup que j’ai toujours rêvé que les poutres de la maison nous racontent les générations de boulangers qu’elles ont connues et les histoires que devaient s’échanger les artisans au comptoir !
J’ai été exaucée. Il y a quelques années, coup de téléphone : « Etes-vous intéressés par l’histoire de votre maison ? Les boulangers qui l’habitaient étaient mes aïeux et je viens de faire des recherches aux archives départementales. »
Voilà comment sont arrivés ici, sur une petite clé usb, des actes notariés qui racontent plus de 300 ans d’histoire. C’était inespéré !
Voilà l'un d'eux

Quand nous l’avons acquise, bien défigurée en 1985, Le rideau de la dernière boulangerie était baissé depuis deux ans.
L’histoire de sa restauration s’est alors mêlée à celle de notre toute jeune famille et elle est devenue la MaisonJLN, comme Jean-Loup et Nathalie !
Notre premier pèlerin de Saint-Jacques de Compostelle est arrivé en 1989. Plus de 30 ans ce sont écoulés, combien lui ont déjà succédé? Je n’ai pas compté !
En 1996 nous sommes naturellement devenus « Chambre d’hôtes ». Depuis les rencontres uniques et passionnantes avec des hôtes du monde entier participent à sa vie.
Les enfants sont envolés bien sure. Jean-Loup en a fini des aller et retour sur Paris… C’est depuis un rythme plus paisible, plus serein que nous vous offrons de partager. Nos passions ont pris le pas sur les contraintes, c’est le bénéfice de la retraite!
Mais ces années d’accueil me donnent beaucoup d’espérance en me montrant deux mondes qui peu à peu s’éloignent l’un de l’autre, si je puis dire. L’un qui s’emballe vers toujours plus de consommation, d’informatique et dans une quête dangereuse de « perfection ». Tandis que l’autre dit stop et s’engage vers plus de sobriété, préférant l’être à l’avoir, la proximité au mondialisme. Je crois sincèrement que c’est notre seul moyen pour rebâtir un monde habitable. C’est le choix que nous faisons et vous proposons ici. Et c’est pour ça qu’en restant présents sur internet bien-sur, je me retire de la surenchère numérique et parie que l’on pourra continuer d’exister, de communiquer et transmettre dans un « vrai monde »!
2021, entre normes sanitaires et politique urbaine de la ville, nous arrêtons la chambre d’hôtes, cape sur la création artistique !
Merci à vous tous
Nathalie et Jean-Loup